Smart Cities et Urban Prototyping : de la ville intelligente à la ville intelligible

La congestion urbaine, le manque d’efficience des réseaux d’énergie, les fractures socio-spatiales, les pollutions sonores et atmosphériques sont autant de problématiques qui menacent les modèles actuels de nos villes et qui tendent à s’aggraver davantage dans les années à venir avec l’urbanisation accélérée.

Si les choses n’évoluent pas et qu’aujourd’hui déjà vous pestez contre les embouteillages quotidiens, les nuisances sonores, la pollution, etc. vous n’allez pas aimer les années à venir ! En effet, selon les prévisions du World Urbanization Prospects de l’ONU, 66% de la population mondiale sera urbaine en 2050…

Vers la Ville Intelligente ?

C’est en substance ce qui motive – ou plutôt oblige – l’ensemble des acteurs de la ville et principalement les acteurs publics à réfléchir à des nouveaux modèles pour accompagner au mieux cette mutation démographique, économique, sociale et sociétale.

L’objectif commun et principal reste d’offrir aux citadins un cadre de vie agréable malgré l’importante densité de population, tout en veillant à limiter, voire réduire autant que faire se peut l’impact environnemental.

C’est ainsi que depuis quelques années maintenant, émerge un intérêt de plus en plus fort pour le concept de villes intelligentes – ou Smart Cities dans la langue de Shakespeare.

Le concept de Smart City étant complétement protéiforme, je ne vous donnerai ici qu’une définition partielle – et personnelle – de la ville intelligente parmi les nombreuses existantes. Nous pourrions même aller jusqu’à dire qu’il y autant de Smart Cities différentes qu’il y a de villes dans le monde…

La Smart City repose, en partie, sur des nouveaux types d’infrastructures matérielles et logicielles, socles de la gestion et de l’optimisation des ressources de la ville et des interactions entre les citoyens. Concrètement, elle se matérialise par un ensemble d’applicatifs et de dispositifs communicants disséminés en son sein qui mesurent, collectent et analysent des données en vue de faciliter les processus décisionnels et d’optimiser la planification urbaine et la gestion des ressources.

Lors même que l’implémentation de ces nouvelles solutions, la modernisation et\ou le renouvellement des infrastructures sont des sujets importants et nécessitent un vrai travail de fond ; ils requièrent toutefois des investissements conséquents et qui peuvent s’avérer risqué, n’offrant aucune assurance de résultats significatifs à terme ni aucune garantie de pérennité.

De plus, ces projets, et plus généralement les stratégies Smart Cities mises en œuvre par les politiques publiques, peinent à impliquer les citadins principalement à cause de l’asynchronisme entre leurs préoccupations quotidiennes et les politiques urbaines traditionnelles.

Généralement, les grands projets urbains restent en phase de gestation des années – affrontant les problématiques de budget, les nombreuses études, les oppositions politiques – avant même l’amorce d’un déploiement qui dure à son tour encore quelques années supplémentaires.

En résumé, l’implication des citadins en vue d’une co-conception – terme à la mode – de services pour la ville ne peut assurément pas se faire à coup de grandes conférences, de discours pompeux, d’études de cabinets de consultants, et de politiques publiques abstraites…

Tout cela explique, en partie, qu’en dépit des artifices de communication, nous ne vivons pas encore dans une ville intelligente.

L’agilité et le retour d’expérience

Il est de coutume dans le monde de l’entrepreneuriat et de l’innovation, de conseiller aux startups d’être extrêmement agile, d’adopter une approche itérative et d’apprentissage par la validation de concept et la confrontation de celui-ci au marché. C’est pourtant tout le contraire que l’on observe dans l’urbanisme traditionnel.

De toute évidence, cette logique n’est pas applicable à tous les projets d’urbanisme ; mais ceux qui le peuvent, gagneraient, à mon avis, à être validés par une preuve de concept, un essai, une expérimentation ou un pilote.

Ainsi, à l’instar des préceptes du Lean Startup, l’idée est de mettre en œuvre des produits minimum viables ou plutôt des aménagements ou des services minimum viables, améliorés par les retours d’expériences et l’usage des utilisateurs.

Autre aspect important que j’ai souvent observé en accompagnant des territoires dans le développement et le déploiement de solutions innovantes, c’est la volonté farouche des décideurs publics de passer sous silence les échecs. Ce qui est totalement compréhensible, cependant dommageable à mon sens car personne ne tire d’enseignements de ces échecs laissant les erreurs commises se reproduire plus tard et\ou ailleurs.

De ce fait, un autre concept qu’il serait judicieux d’emprunter au monde des startups : les Failcon. Les FailCon sont des conférences durant lesquelles les entrepreneurs partagent leurs échecs et leurs analyses sur les raisons de ces échecs : des témoignages de grandes valeurs pour apprendre des échecs des autres et éviter de les reproduire. J’en suis totalement conscient, cela demanderait beaucoup de courages aux décideurs de nos villes pour suivre cette démarche…

La Ville Intelligible

Ceci étant dit, d’autres approches plus pragmatiques poussent à introduire davantage d’agilité et de frugalité dans les villes par des actions à très court terme, spontanées et peu coûteuses.

C’est le cas du Tactical urbanism et de l’Urban Prototyping qui promeuvent l’expérimentation d’aménagements urbains ou de solutions innovantes de manière ponctuelle, éphémère et à bas coût. Le territoire devient un terrain d’expérimentations et d’innovations distribuées par et pour les citadins, comme le montre parfaitement la vidéo ci-dessous du Gray Area Foundation for the Arts de San Francisco.

 

 

Si ces approches ne sont pas la solution miracle à toutes les problématiques énoncées en introduction ; elles ont le mérite d’impliquer les habitants dans la conception et le développement de solutions et de services qui répondent au plus près à leurs besoins avec l’avantage de rationaliser les ressources et en premier lieu la dépense publique.

En plus d’impliquer les citoyens dans la démarche, ces approches offrent aux politiques publiques l’opportunité de bénéficier d’un retour d’expérience rapide et pertinent provenant de l’usage des citadins mêmes. Ces approches invitent l’ensemble des acteurs de la ville à s’interroger sur la pertinence d’un service, d’un aménagement ou encore sur le potentiel d’évolution d’un lieu.

Les services ou les aménagements qui se révèlent inefficaces n’auront pas engagé de sommes colossales et seront susceptibles d’être améliorés ; à l’inverse les initiatives qui donnent satisfaction conforteront les décideurs dans le besoin de les déployer de manière permanente et\ou à plus grande échelle.

A titre d’illustration, j’aimerais partager avec vous mon expérience sur le sujet.
Dans le cadre de mes activités professionnelles, j’ai initié une expérimentation, nommée Bibliomobi, visant à favoriser l’accès à la culture aux usagers des transports publics de la ville de Lille en leur offrant, entre octobre 2014 et mars 2015, la lecture d’une sélection d’œuvres littéraires numériques, accessibles depuis des étiquettes NFC et QR Codes disséminés dans des stations de bus et de métro de la ville de Lille.

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Photo de Max ROSEREAU – La Voix du Nord

L’expérimentation nous a donné un certain nombre d’informations sur la manière dont le public utilisait le service, et sur les (nombreux) aspects à améliorer. Si, par la suite, Bibliomobi devait déboucher sur un service permanent et à plus grande échelle (seuls 9 arrêts de bus et stations de métro étaient équipés), les enseignements tirés pendant l’expérimentation seraient extrêmement bénéfiques pour la conception du service.

En tout et pour tout, cette expérimentation aura couté quelques milliers d’euros ; ce qui reste malgré tout très bon marché au regard du potentiel d’utilisateurs d’un service comme celui-ci. La majorité du budget du projet s’est concentrée sur la communication et sur le développement du site web applicatif sur lequel les œuvres étaient consultables. Finalement, avec une équipe de citadins bénévoles qui mettent leurs compétences au service de la communauté, le coût de cette expérimentation se réduirait à son seul coût matériel, c’est à dire inférieur à la centaine d’euros.

Tout cela m’amène à vous parler d’une initiative que je soutiens et à laquelle je participe activement : Le Citizen Clan.

Le citizen clan

Le Citizen Clan est une association de bénévoles passionnés – cela va sans dire – avec pour objectif de fédérer des compétences pour la proposition et la mise en œuvre de preuve de concept, de prototypes et d’expérimentations urbaines innovantes éphémères et à faible coût.

L’association Citizen Clan promeut également les initiatives d’Urban Prototyping en vue de sensibiliser les citoyens et les acteurs publics à la démarche de tests et d’expérimentations dans la ville pour que la co-conception et la frugalité ne soient pas que des mots sans réalité tangible ni profit pour les citadins.

Si vous souhaitez vous engager, soutenir ou tout simplement en savoir plus sur Citizen Clan, je vous invite à prendre contact via le site internet.

Comme d’habitude, si des erreurs se sont glissées dans l’article, n’hésitez pas à nous en faire part.

Merci, et à très bientôt sur Frugal Prototype

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Ali Benfattoum

Ali Benfattoum

Serial Prototypeur, Citizen Clan Activist, Intrapreneur... Ali le reste du temps. Ma devise : c'est sur le terrain qu'on fait ses preuves... de concept. Suivez moi sur @alifrugal

1 réponse

  1. 19 avril 2016

    […] C’est ainsi que depuis quelques années maintenant, émerge un intérêt de plus en plus fort pour le concept de villes intelligentes – ou Smart Cities dans la langue de Shakespeare.  […]

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